AccueilPortailCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartagez | 
 

 "Les trois chemins", de Francine Perrot

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Orion
Admin


Date d'inscription : 17/11/2011
Localisation : Nord

MessageSujet: "Les trois chemins", de Francine Perrot    Mer 14 Jan - 17:29



Alors que je venais de méditer sur le dessin de Jean de la Croix représentant la montée du mont Carmel, j'ouvris le livre de Marie-Louise von Franz La Princesse chatte et tombai sur le chapitre dans lequel l’auteur parle d’un roi qui a trois fils qu’il envoie courir l'aventure pour décider lequel est digne de lui succéder. L’aîné prend le chemin de droite où son cheval trouve de quoi manger, mais où lui n’a rien à se mettre sous la dent. Le deuxième prend le chemin de gauche où il a de quoi se nourrir, alors que son cheval n’a rien. Le plus jeune va droit devant lui et c’est lui qui gagnera la princesse et le royaume.

Le parallélisme entre les deux m’a fortement frappée et j’ai été touchée de voir que la sagesse populaire pouvait ainsi rejoindre la plus haute mystique. Jean de la Croix écrit sur son dessin que le chemin de droite est celui de la recherche des « biens terrestres » tandis que le chemin de gauche est celui de l’attachement aux « biens célestes », aux biens spirituels. Tous deux sont des impasses où l’âme se fourvoie. Il les place sur le même plan, car quel qu’en soit l’objet, qu’il soit d’ordre matériel ou spirituel, l’attachement égotique est le même. Quant au chemin central, il est jalonné par ces mots : Nada. Nada. Nada : Rien. Rien. Rien et monte tout droit vers le sommet de la Montagne Sainte. Près du sommet, il est noté : « Il n’y a plus de chemin, parce qu’il n’y a plus de loi pour le juste. » L’âme libérée de ses attachements, de ses liens se laisse guider par l’inspiration intérieure, par Dieu, par le Soi.

Dans les contes de fées, Marie-Louise von Franz interprète les chemins que prennent les trois princes de la même façon. Elle dit que l'aîné trouve de la nourriture pour son cheval, la partie animale et matérielle, physique, de lui-même, mais que sa partie spirituelle jeûne. Le second recherche les biens spirituels et cette partie de lui-même est nourrie tandis que son cheval, son corps et le monde matériel, est délaissé et ne reçoit pas sa pitance. Le plus jeune fils, lui, va droit devant lui, il prend le "chemin du milieu" qui passe entre les opposés. Il garde un juste équilibre entre ses aspirations spirituelles d’une part et ses besoins physiques et ses tâches matérielles d’autre part et ne tombe pas dans l'unilatéralité, dans l’un ou l'autre, mais s’avance entre eux.

Von Franz ajoute que, dans certaines versions de ce conte, un écriteau est placé à l’entrée de ce chemin central, prévenant celui qui prend le risque de s’y engager qu’il y rencontrera la mort. La mort du moi est l’équivalent du nada. Il ne s’agit plus, pour nous, de nous adonner aux mortifications et autres pratiques qui étaient courantes autrefois dans une certaine tradition chrétienne, cette "mort" consiste à faire passer les intentions de l’inconscient, du Soi, avant celles de l’ego. Dans la pratique, nous le faisons quand, au lieu de nous précipiter aveuglément dans une action impulsive à laquelle notre désir impatient ou notre intellect nous entraîne, nous prenons le temps d'un moment de méditation, d'introversion pour consulter l'intérieur et nos rêves ou tirons le Yi King avant de prendre une décision. À plus forte raison, cette remise en cause de soi-même est essentielle pour ceux qui sont habilités à en aider d’autres et qui doivent voir régulièrement leurs propres rêves avec une personne d’expérience, car ils continuent à évoluer. Contrevenir à cette nécessité intérieure serait faire preuve d’inconscience et de présomption et serait donc en opposition avec cette voie qui est d’humilité et de soumission au Soi. C’est encore le Nada, cette mise à mort nécessaire du moi qu’indique l’écriteau placé à l’entrée du chemin central. C’est aussi le naufrage de l'égo du rêve de madame Guyon qu’Etienne commente au chapitre V de La Voie de la transformation.

Remarquons cependant une importante différence entre ces voies spirituelles. Jean de la Croix propose une montée, symbolisée par celle du mont Carmel, alors que le conte n’en parle pas. Effectivement, il nous est souvent recommandé, dans nos rêves, de descendre. C’est là une des différences entre la psychologie junguienne et la voie chrétienne. Même quand celle-ci choisit le chemin central, elle tend malgré tout vers le spirituel en maîtrisant les besoins du corps et en se détournant du « monde ». Cela est encore commun à beaucoup de voies spirituelles actuelles qui ne sont pas enracinées dans la psyché et sont tendues vers la Lumière, la Pureté, au grand dam de l’ombre et de la totalité. Nous sommes des êtres incarnés et non de purs esprits.

Pour nous, le Nada de saint Jean de la Croix s’est intériorisé. Savoir, profondément, que le Soi sait mieux que nous ce qui nous est bon, aussi scandaleux que cela puisse nous paraître parfois et agir en conséquence, c’est suivre cette voie du milieu qui n’est droite que du point de vue de l’inconscient, car Dieu sait par quelles vicissitudes, quels détours et quelles "morts" elle nous conduira, à sa façon qui n’est en aucun cas la nôtre ! Mais quand il nous est donné de regarder en arrière le chemin parcouru, comme mon âge actuel me le permet, on voit à quel point se dessine un chemin et une pédagogie de l’inconscient à travers les joies et les peines de la vie et même à travers nos pires fautes, nos faiblesses et toutes nos erreurs. Marie-Louise exprime cela admirablement dans Les Modèles archétypiques dans les contes de fées, au chapitre I, pp. 54-55. Choisir ce chemin du milieu que prend le plus jeune prince, c’est faire confiance aux desseins que l’inconscient a sur nous et prendre le risque de nous livrer tout entiers, tels le héros ou l’héroïne des contes, à l’aventure passionnante qu’est la réalisation de notre destin individuel et de notre totalité.

Francine PERROT

http://www.lafontainedepierre.net/te-les-trois-chemins-de-francine-perrot--11.html

_________________
Tout est Conscience d’Être.  
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://la-magie-dorion.monempire.net
 
"Les trois chemins", de Francine Perrot
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Trois espèces de fougères.
» Les chemins spirituels petite anthologie des plus beaux textes tibétains - Matthieu Ricard
» Que prophétisent les trois reniements de Saint Pierre ?
» Trois noel
» Barrages des trois gorges en Chine

Permission de ce forum:Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum
La Magie d'Orion :: Spiritualité :: Appréhender la vie autrement-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetSauter vers: